Terroirs & saveurs

Sa Majesté, le melon de Cavaillon

« Il n’y a qu’un melon : le melon de Cavaillon », écrit un journaliste en 1895 dans Le Petit Marseillais. Petite histoire d’un fruit devenu l’emblème de toute une région.

© Restaurant Prévôt / Ange Lorente

Au risque de décevoir les Provençaux, affirmons-le tout net : non, le melon n’est pas provençal et encore moins cavaillonnais. Il est africain ! Le Cucumis melo, qui appartient à la famille des cucurbitacées, était cultivé en Afrique intertropicale comme plante potagère pour son fruit comestible.

Sa présence est brièvement attestée sous l’Antiquité, mais le melon est encore une rareté en Europe à la fin du Moyen Âge. Les papes en deviendront friands : il sera cultivé dans les jardins de la villa des papes, à Cantalupi – d’où son nom de cantaloup, dans les textes anciens. Et c’est à ce moment-là, au 14e siècle, que le melon rejoint l’histoire de Cavaillon, bourgade sans histoire de Provence.

Des jardins du pape aux boulevards parisiens

Lorsque les papes s’installent à Avignon, ils emmènent dans leurs bagages quelques évêques et des graines de melon. Et là, miracle ! La clémence du climat et un grand savoir-faire en matière d’irrigation assurent aux melons italiens d’avantageuses rondeurs. Le melon venait de trouver sa terre d’adoption. Cependant, sa consommation reste encore confidentielle ; le melon est offert aux dignitaires du royaume de France dont la cité souhaite s’attirer les faveurs.

Il faut attendre la fin du 19e s. pour voir le melon se démocratiser. La raison tient à deux facteurs concomitants : la modernisation des techniques de culture et l’arrivée de la ligne de chemin de fer Paris-Lyon-Méditerranée, qui permet un écoulement sans précédent. Le département en produit alors 350 000 quintaux. Et la renommée du melon de Cavaillon s’envole. Paris ne résiste pas longtemps. Les classes aisées en raffolent, les écrivains le célèbrent : « Le roi, c’est encore le melon. Il trône, superbe, il embaume le boulevard, il déborde partout, on en voit sur de la paille, à terre, dans des paniers… » (Ardouin-Dumazet dans son Voyage en France, 1900).       

Une rente viagère de douze melons par an

Melons et artistes ont toujours fait bon ménage. En Touraine, on raconte que c’est le bon vivant François Rabelais qui, de retour d’une ambassade à Rome, aurait apporté dans ses bagages les premières graines du fruit cantaloup. Plus tard, ce sera au tour d’Alexandre Dumas de s’éprendre de la divine cucurbitacée. Ainsi l’auteur offrit-il l’ensemble de son œuvre publiée contre une rente viagère de douze melons par an ! Elle lui sera effectivement versée jusqu’à sa mort.

Cantaloup orange, foncé, à chair verte fondante, ou brodé : aujourd’hui, le melon se trouve sur toutes les tables, et toute l’année. Pas celui de Cavaillon. Sa Majesté le melon de Cavaillon a sa saison préférée : l’été, de juillet à septembre.  Attention, un faux pas, une météo moins clémente, et le melon devient courge ! En effet, le taux de sucre minimal pour être commercialisable est de 10 sur l’échelle de Brix (qui sert à mesurer la fraction de sucre dans un liquide). Au-dessous de 9, c’est une courge. Prenez donc garde à ne pas consommer des courges à l’alcool quand vous croyez vous régaler d’un melon au porto !

 

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